Avant propos
A travers ce programme triennal, l’Association entend mettre en place une véritable stratégie de renforcement et d’élargissement des travaux engagés dans le cadre du plan triennal 2003-2005. Après 10 ans d’existence, l’Association est à une période charnière de son développement située entre la consolidation des méthodes et la mise en place de nouvelles approches.
Il y a un virage à prendre, un nouvel équilibre à trouver. Nous pouvons considérer qu'au terme de sa première décennie l'Association a rempli son contrat. La HQE est devenue une référence, certes pas encore universelle, mais largement partagée. Des chantiers sont ouverts pour son élargissement en amont (aménagement) et son aval (entretien, exploitation, amélioration). Plusieurs référentiels de l'Association sont consolidés en tant que normes AFNOR, et le processus de certification, à présent bien lancé, offre aux maîtres d’ouvrages qui en ont besoin un dispositif de reconnaissance efficace. Au plan international, l'Association, avec des partenaires, a été présente à tous les rendez-vous « Green Building Challenge » ou « Sustainable Building », et se tisse ainsi un réseau de correspondants qu’elle complète en participant aux travaux de normalisation internationale.
Ce constat n'est pas de l'autosatisfaction, il ne fait que mentionner les résultats acquis, et ce faisant montre le chemin qui reste à parcourir d'une part, le nouveau contexte d'autre part.
Commençons part le nouveau contexte. La HQE est connue, mais l'Association HQE reste terriblement petite face aux enjeux. La HQE marche sans l'Association. On peut se satisfaire de ce constat qui témoigne d’une certaine appropriation de la démarche par les acteurs et aussi s’en inquiéter, non pas par nostalgie ou goût du pouvoir, mais parce que les dérives guettent. Le premier objectif était de créer un langage commun. Il existe mais il risque d'être rapidement compromis si le rôle de l'Association se dilue. La HQE n'empêchera pas le syndrome « tour de Babel » de se manifester, si l'Association perd son autorité. Cette autorité ne nous est pas donnée d'office. Il faut la conquérir, chaque jour, grâce à l'efficacité de la démarche que nous proposons, mais ça ne suffit pas. Il faut aussi que notre politique de communication se renforce, et surtout que l'Association trouve sa bonne posture dans les mondes professionnels, administratifs et politiques. Définir en quoi consiste la qualité environnementale, la démarche de management ? Des normes ou des guides AFNOR, répondent à ce besoin. Donner des garanties sur une opération ? C'est la certification qui le fait. Pour une opération librement déclarée HQE, il n'est pas impérativement besoin de l'Association.
L'Association pourrait bien se trouver débordée par les acteurs, et par les organismes avec lesquels elle travaille et qui apportent des moyens et une légitimité incontestable. Par exemple, l'après Kyoto, et le prix de l'énergie contribuent de leur côté à faire évoluer rapidement les pratiques et la réglementation, et il faut bien reconnaître, si on se fonde sur la préparation de la RT 2005, que l'Association n'a pas été invitée en tant que telle à faire valoir son approche originale.
Un point récent fait sur les travaux engagés sur la refonte des référentiels de l'Association dont les premiers ont été publiés en 1997, montre qu’ils vont devoir évoluer de manière importante. Il faut remettre la HQE en perspective, en intégrant le contexte nouveau et la demande qui, elle aussi, va changer de nature. Le lancement prochain (le 30 mai) de la certification « démarche HQE » pour les maisons individuelles va faire exploser la demande. Nous nous sommes cantonnés jusqu'à présent dans une approche des milieux professionnels, et de décideurs. Il nous est difficile de faire face, compte tenu du nombre d'acteurs que cela concerne, à la demande de ce public ciblé. Qu'en sera-t-il quand le grand public, directement concerné par la maison individuelle, et de plus en plus sensible aux questions d'environnement et d'énergie, viendra sonner à la porte de l'Association ? Nous ne pouvons pas rester comme nous étions. Plusieurs options s'offrent à nous, entre se doter de moyens accrus (mais comment les financer ?), ou bien se trouver des relais efficaces, et alors repositionner l'Association pour qu'elle puisse assurer son autorité sur ces relais, et ne pas en être l'otage. La posture d'académie qui a été la notre au démarrage de l’Association va vite montrer ses limites dans ce contexte. La parole ne suffit plus, il n'y a plus de respect pour les institutions, l'étranger est à nos portes (Bream, Leed, …), nos protections insuffisantes ou fictives. Il faut être offensif, aller vers les acteurs, et mobiliser des partenaires.
Nous sommes bien sûr victimes de notre succès, ce qui est heureux, mais il nous oblige à évoluer. C'est l'enjeu de ce programme, marqué par deux aspects, la communication d’une part et la poursuite et la consolidation de nos travaux d’autre part.
Le premier volet du programme proposé ci-dessous est la communication. Il ne suffit pas d'avoir raison, il faut que les autres le sachent. Il ne suffit pas de proposer de bonnes méthodes, il faut les rendre accessibles. De nombreux organismes dont certains de nos membres, communiquent sur la démarche HQE, parfois de manière erronée et sans aucun respect de notre charte de communication. L'Association HQE est incapable de rivaliser. Il y a des exceptions toutefois, mais elles sont rares. Les assises sont une superbe occasion de communiquer, mais comme tout événement annuel, elles ont besoin de relais permanents ou fréquents qu'elles n'ont pas trouvés. C'est en partie une question d'argent, mais pas seulement comme en témoigne la difficulté d'organiser des « rencontres de la HQE », avec nos membres. C'est peut-être l'origine des promoteurs et des animateurs de l'Association qui est la cause de cette difficulté à communiquer et de cette timidité face aux propositions novatrices. C'est aussi la position parfois en retrait de notre collège « maîtres d'ouvrages », qui n'exprime pas ses préoccupations avec assez de force face aux professionnels soucieux d'une orthodoxie souvent un peu rigide. Nous sommes souvent obnubilés par les détails, comme tout bon spécialiste, en négligeant l'essentiel, à savoir qu'il faut que l'Association assure aussi un certain leadership sur la communication.
La communication sera aussi régionale, plus proche des utilisateurs de la HQE. Des relais, fonctionnant dans les deux sens, sont à ce titre une nécessité pour que l'associatif assure son autorité. L'ADEME nous offre une aide décisive pour étendre dans toutes les régions un réseau de centres de ressources, au cours des trois années de ce plan. C'est une opportunité à saisir avec empressement.
Le second volet développé ci-après concerne donc la poursuite et la consolidation de Nos travaux avec un point particulier qui doit nous mobiliser très fort : l'économie. Les assises de St Malo ont mis en évidence une grande attente sur ce point, combien ça coûte ? le coût global, la valeur d'usage, les temps de retour d'investissement, qui paye ?, qui profite ?, comment aider sans provoquer d'inflation ?, comment financer l'amélioration du parc existant ?, etc. Des ouvertures vers les milieux financiers, banque et assurance, sont à ce titre prioritaires. Sur ce volet d'approfondissement et de consolidation, la qualité de notre écoute des acteurs sera décisive. Replié sur nos positions, nous n'entendons pas toujours la demande manifestée par les utilisateurs. Ils ont le culot de parler encore d'architecte HQE, d'AMO HQE, de cahier des charges HQE, etc. sans tenir compte des recommandations de l'Association ! Gardons nous de cette attitude, qui nous éloigne des utilisateurs, et tentons de répondre aux préoccupations exprimées. Dans le même esprit, il nous faut apprendre à reconnaître les travaux des acteurs, à commencer par ceux de nos membres. Ils prennent des initiatives, font progresser la HQE à leur manière, et l'Association gagnerait sans doute en efficacité et en autorité en apprenant à récupérer ces avancées, à les marquer de son sceau tout en valorisant leurs auteurs. Cette nouvelle voie doit être rapidement explorée.
Telle est la philosophie du programme triennal présenté ci-dessous. Il n'est pas détaillé, et devra l'être chaque année dans les programmes d'activité, mais il marque les préoccupations majeures de l'Association, et fixe des objectifs pour cette période qui s'annonce décisive pour l'avenir de l'Association.
I. L’amélioration de la Communication et de la Promotion
L’information des acteurs sur la HQE reste encore insuffisante. Il subsiste de fausses interprétations, voire des a priori, qui tendent à donner une image négative à la démarche et à décourager certains professionnels, notamment les maîtres d’ouvrage, à s’y engager. L’Association doit poursuivre ses efforts de communication et de promotion en :
• mettant à jour et en améliorant régulièrement son site Internet avec par exemple la création d’une rubrique mettant en avant ponctuellement une opération exemplaire ou encore par le développement de la foire aux questions ;
• renforçant le « SVP technique » avec notamment le recensement des questions les plus récurrentes afin d’envisager des actions de communication spécifiques ;
• élargissant la cible de communication et de promotion et en particulier en réalisant une information dirigée vers le « Grand Public ». Il est urgent de franchir le cap. A titre d’exemple on voit apparaître de nombreux salons traitant du thème bâtiment et environnement et il ne faudrait pas que les Assises de la HQE perdent leur spécificité. Elles doivent rester la manifestation de référence en la matière.
• mettant à jour et diffusant différents supports de communication (plaquettes, guides, …)
• développant des visites d’opérations remarquables avec le soutien des centres de ressources régionaux.
II. La structuration régionale de la HQE
La démarche HQE se traduit naturellement de diverses manières sur le territoire national en fonction des spécificités locales (stratégies politiques, économie locale, climat, filières professionnelles…). Les retours d’expériences de chaque opération sont des supports d’échanges efficaces et pragmatiques qu’il faut relever, analyser et communiquer. Le travail mené jusqu’à présent au sein de l’association HQE a permis de sortir un cahier des charges qui définit les actions et objectifs d’un centre de ressources régional. Devant le besoin de relais locaux, l’Association envisage dès 2006 une extension à toutes les régions de la structuration des centres de ressources avec pour objectif un centre par région dans les trois ans. Elle bénéficiera pour cela d’une aide de l’ADEME. Restera à trouver un équilibre entre les souhaits :
- d’harmoniser les diverses expressions locales au regard de la démarche HQE pour en développer l’aspect consensuel et global
- et de faire émerger la diversité et la richesse des spécificités régionales pour mettre en valeur et profiter des compétences, actions et savoirs faire locaux.
III. La poursuite et la consolidation des travaux en cours.
III1. Les Référentiels
Les retours d’expériences de mise en œuvre de la démarche HQE, les observations et enseignements obtenus à l’étranger ou encore les demandes d’une plus grande lisibilité par rapport à la démarche mettent en avant la nécessité d’une évaluation et d’une mise à jour des référentiels.
Au-delà de leur mise à jour, un effort de clarification est nécessaire pour situer le rôle des différentes familles de référentiels : ceux de l’Association, les normes AFNOR, les référentiels de certification. Il convient donc de donner plus de lisibilité et de cohérence à l’ensemble, et de donner aux référentiels de l’Association leur rôle « générique », permettant ensuite des déclinaisons selon les types d’opération et les enjeux. Une réflexion particulière sur des aspects nouveaux ou à peine esquissés aujourd’hui, tels que le comportement des usagers et l’accessibilité pourra être menée à cette occasion.
III2. La Certification
L’Association réitère sa volonté de maîtriser la certification de la démarche HQE. La certification est un outil important pour la reconnaissance de la HQE mais également une des voies de développement de la démarche.
La révision du référentiel de certification « NF Bâtiments Tertiaires – Démarche HQE » est pratiquement terminée et la version 2006 sera prochainement publiée.
En 2006 paraîtra le référentiel de certification « NF Maisons Individuelles – Démarche HQE » destiné aux opérations de construction de maisons individuelles menées par les constructeurs de maisons individuelles. Des travaux vont être engagés pour mettre en place un référentiel similaire destiné aux opérations de construction de maisons individuelles réalisées par des architectes et des artisans.
L’extension vers d’autres secteurs, notamment celui des logements collectifs, devra aboutir dans les 3 ans.
III3. Démarche HQE et Bâtiment Existants
Le GT « Existants », avec l'appui de l'ADEME, met en chantier la réalisation d'un guide sur l’amélioration de la qualité environnementale des bâtiments existants. Ce guide générique reprendra une grande partie du guide sur le neuf réalisé en 2000 et s’inspirera des travaux déjà réalisés sur ce thème.
La déclinaison de ce guide ou des compléments en fonction de la typologie des bâtiments sera envisagée ultérieurement en capitalisant sur les initiatives déjà prises par diverses instances et les documents valables existants.
Dans un second temps, un guide portant sur la gestion environnementale courante des bâtiments sera élaboré ainsi que des documents pédagogiques, avec l'appui des fédérations professionnelles, destinés à la formation des entreprises du Bâtiment agissant en tant qu'intervenant ou prescripteur.
III4. Aménagement et Urbanisme
A l’initiative du SNAL, une méthode d’élaboration d’un projet de lotissement intégrant des préoccupations environnementales a été conçue en 2004 et 2005 sous l’égide d’un comité de pilotage réunissant le SNAL, l’Association HQE, la DGUHC, l’ADEME et l’UNSFA. L’ADEME, la DGUHC, et le SNAL ont rendu possible cette étape en participant au financement d’une étude méthodologique.
La méthodologie s’appuie sur l’Approche Environnementale de l’Urbanisme (AEUÒ) portée par l’ADEME. Comme la démarche HQE, elle repose sur :
Ø un système de management d’opération (SMO)
Ø des thématiques de qualité environnementale
Cette méthodologie nécessite d’être testée sur des opérations pilotes afin d’être validée, ajustée et améliorée par l’Association HQE dans les conditions de sa mise en œuvre. Pour ce faire, l’Association a prévu un appel à candidature s’adressant aux aménageurs privés et publics. Les opérations sélectionnées (6 à 12 opérations) courant 2006 bénéficieront de l’accompagnement d’un bureau d’études, missionné par l’Association HQE, pendant trois années (2006-2008). Cette opération bénéficie d’un appui financier de la DGUHC (PUCA), de la DAPA et de l’ADEME.
III5. Economie
L’aspect économique de la HQE a fait l’objet d’une préoccupation constante depuis la création de l’Association et les Assises de Saint-Malo ont mis en évidence un grand besoin de clarification sur ce thème.
En fait, les derniers débats ont montré que les approches en termes de « surcoût », et qui ferait de la HQE un volet particulier des approches en coût global, ne débouchent sur aucune conclusion claire, et ne recouvrent jamais l’ensemble des aspects éthiques et volontaristes de la HQE. Il semble que les réflexions en termes d’économie globale qui incluent à la fois les gains pour les maîtres d’ouvrage et pour les utilisateurs soient plus prometteurs.
En tout état de cause, il faudra savoir mieux associer qu’auparavant les grands acteurs économiques – banques et assurances – aux nécessaires approfondissements à venir.
III6. Partenariats/Mécenats/Ateliers
Le partenariat et le mécénat
Pour permettre à l’Association HQE d’envisager une communication et plus généralement la réalisation d’un plan d’actions qui ne peuvent être financées par les seules cotisations, il a été mené une réflexion sur les moyens dont l’Association disposait pour générer des recettes à la hauteur de ses besoins. Ces moyens sont pour le moment : le Mécénat et le Partenariat HQE.
L’Association se donne comme objectifs de développer cette politique qui est encore naissante (un seul partenaire à ce jour et premiers mécènes depuis 2005 seulement).
Les Ateliers
A côté de ces moyens, l’Association entend créer une ou plusieurs structures d’accueil appelées « Ateliers » afin de permettre à des entités pour lesquelles il n’existe pas d’instances collectives susceptibles de les représenter, et de ce fait ne peuvent être membres de l’Association HQE, de participer néanmoins à ses travaux et d’y apporter leurs expériences.
IV. Un rayonnement international
L’Association souhaite continuer à développer son action à l’international et donc préparer au mieux la prochaine réunion SB08 prévue à Melbourne.
Dans ce cadre, une collaboration avec les acteurs français à l’international devrait se renforcer et permettre de valoriser un savoir-faire français bien identifié à l’étranger.
V. Préparer la HQE du futur
L’Association est parvenue à créer un langage commun parmi les différents représentants du métier du bâtiment ce qui a permis d’afficher un consensus quant aux objectifs poursuivis. A l’avenir, l’Association souhaite toujours être identifiée comme un lieu de débats ouverts ayant une large portée prédictive. Créer et susciter les conditions d’innovation et d’avancées technologiques dans une perspective de développement durable telle est la nouvelle mission que se fixe l’Association au travers d’actions concernant les enjeux planétaires (poursuite du facteur 4, le développement des ENR, …) et enjeux locaux (promotion de la récupération des eaux pluviales y compris à l’intérieur des bâtiments, …) sans oublier celles liées au comportement des usagers, …
Enfin, une dernière piste structurante se dégage pour préparer l’avenir : proposer aux acteurs une réponse à leurs demandes de « qualification HQE ».